La Tournoyante Production

La Tournoyante est une matrice conçue par Simon Carrot pour développer des projets visant une déconstruction de la représentation.

« Au commencement, il y a une nécessité : un public, une société éprouvent le besoin d’une certaine forme d’événement. C’est cela qui dans l’Antiquité a créé le théâtre. » Peter Brook

Dans son Histoire du théâtre dessinée, André Degaine raconte l'origine du spectacle. Il y a 3 000 ans apparait Dionysos, un dieu joyeux et excessif. Il est, entre autres, le dieu du printemps, de la vigne, du vin, de l’ivresse, mais aussi de l’ivresse poétique, du don de voyance. Lors des orgies dyonisiaques, on inverse les valeurs, on libère les tabous. 
Les hommes se rassemblent dans un mouvement circulaire : le chaos tournoyant.  
En 200 ans, ce culte devient spectacle. 

La Tournoyante tire son nom de ce chaos tournoyant.

Un cirque

Dans ce cirque, nous ne faisons qu'agir.
Nous revenons à l'essentiel : les corps, les objets.
Les corps sont vivants, les objets aussi.
Ce que nous montrons, c'est cette vie objective.
Quand le seul choix réside dans ce que nous faisons de ce qui nous arrive.

Notre écriture n'est qu'une partition d'actions, de contraintes auxquelles les corps se soumettent, laissant apparaître leur singularité.
De là né le tragique, théâtre de nos vies qui s'écoulent malgré nous.
Les situations arrivent. Elles se passent.
Le fil se tend entre geste désespéré et désir d'enchantement.
L'espoir d'un envol nous tient.
Nous cherchons l'harmonie.

Les actes deviennent « motifs », se répètent et varient, se mettent en boucle.
Une issue se profile : simplement être au monde.
Eprouver le réel.
Se laisser traverser des forces du vivant.
Se jouer du temps. En rire.
Créer l'apesanteur.
La faire durer. La faire durée.

Un projet

Nous sommes à la recherche de cette théâtralité d'origine, où il ne s’agit pas de donner l'illusion d'une réalité mais d'exprimer la relation des hommes aux forces du vivant. Cette relation corps/forces physiques existe dans le cirque. Nous voulons la révéler, lui rendre la dimension dramatique qu'elle porte en elle-même.
A une époque où la virtualité submerge peu-à-peu le monde, le spectacle devient paradoxalement l'ultime espace du réel. Un théâtre du vivant devient nécessaire. Pour cette raison, nous entamons un processus de déconstruction de la représentation. Nous nous affranchissons de toute psychologie.
Nous croyons que chaque discipline de cirque est en lien direct avec l'intime de l'artiste qui la pratique et du spectateur qui le regarde, et que chacune véhicule ses propres questionnements.
Le cirque « ne veut rien dire », il dit c'est tout.  
Nous envisageons notre cirque comme un espace de pure monstration. Nous ne proposons pas à priori un sens pré-défini : nous ne racontons pas une « histoire » que le public serait condamné à comprendre d'une façon univoque. Au contraire, nous laissons l'interprétation du spectateur ouverte. Notre cirque est polysémique : potentiel de sens, pur possible. Il interroge le public en lui donnant à voir et à éprouver les limites du réel.
Nous retournons aux sources du spectacle pour trouver une harmonie nouvelle. Nous nageons à contre-courant, à contre-temps. Nous cherchons cet endroit où il n'est plus important de distinguer théâtre, cirque ou danse, où ne subsiste que l'être. Pour que puisse advenir encore un lien direct, un entre-nous.